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Graham Henry - Ali Williams

Black à part

Propos recueillis par Fabian Frydman

Deux All-Blacks pour le prix d’un, quoi de mieux ? Plus la Coupe du monde approche, plus l’on se demande qui pourrait bien être en mesure de couper l’herbe sous les pieds des Néo-Zélandais. Un fauteuil de favori qu’assument pleinement l’entraîneur Graham Henri et son deuxième ligne Ali Williams. Pour preuve...

À quelques mois de l'échéance, comment préparez-vous la Coupe du monde ?

Graham Henry : Sereinement ! Tout est prêt pour que nous arrivions en France dans des conditions optimales. Mais il ne faut pas être trop confiant. Nous n'avons actuellement aucune certitude, mais des points de repères. Ces derniers sont très importants, ils sont la base de notre travail.

Pensez-vous qu'être l'entraîneur des Blacks soit un poste de tout repos ?
GH : Tout dépend sur quel plan on se place. Au niveau structurel j'ai sûrement l'un des staffs les plus complets du monde. Je dispose d'une personne pour à peu près chaque chose. Nous avons même un staff qui s'occupent de notre équipement dans les moindres détails. Quand nous nous déplaçons cela représente une véritable colonie. Tout est fait pour que je puisse travailler dans les meilleures conditions. Je ne peux malheureusement pas trouver d'excuses de ce côté-là (rires).

Et sur le plan psychologique ?
GH : Là, c'est une toute autre histoire ! Quand vous êtes à la tête de cette équipe, il y a une pression énorme. Tout un pays regarde vos résultats. Vous êtes la fierté de la nation. Vous n'avez pas le droit à l'erreur. Ca n'est pas tous les jours évident, il faut le reconnaître.

Vous êtes également sollicités par de nombreux sponsors...
GH : C'est vrai que nous devons honorer des contrats, mais c'est une chose nécessaire à laquelle nous nous plions avec facilité. Cela fait partie du job et des marques comme Iveco, Adidas, etc. qui sont nos partenaires, s'occupent de tout pour que nous puissions évoluer dans les meilleures conditions. C'est parfois fatigant, mais nous le faisons avec plaisir.

Comme ce matin ?
AW : Huit heures du matin pour un rendez-vous, c'est quand même très tôt. J'ai eu beaucoup de mal à me lever. Ce n'est pas votre cas ? Je dois avoir l'air exténué avec une sale tête... Un peu comme vous (rires). Mais bon, il faut savoir le prendre avec beaucoup de recul, ce n'est pas non plus l'enfer !

Sur le terrain, l'ambiance est-elle bonne entre toutes ces stars ?
GH : Je pense qu'il faut le demande à Ali, il est au cœur du groupe, il sera mieux y répondre que moi !
Ali Williams : Pour nous, il n'y a pas de vedettes. Notre réservoir est énorme et si tu n'es pas bon, tu peux rapidement sortir de l'équipe. Sincèrement, tout se passe très bien ! Je dirais qu'il y a une saine concurrence, ça c'est évident. Nous voulons tous aller à la Coupe du monde et nous vendons chèrement notre place. Nous avons un bon groupe. On s'entraîne tous très dur et cela nous permet d'élever le niveau de jeu de chacun. Nous voulons montrer le meilleur de nous-mêmes pour être de l'aventure, mais cela n'altère en rien notre entente.

Comment expliquez-vous que les Français vous apprécient autant ?
GH : Il y a toujours eu un profond respect entre nos deux équipes. La France est une équipe à part dans le panorama du rugby mondial. Contre eux, nous ne savons jamais ce qu'il peut se passer. Le jeu français est une référence en Nouvelle-Zélande, il faut le savoir.
AW : C'est vrai ! Le « French Flair » est souvent cité dans nos écoles de rugby. Vos joueurs sont connus chez nous. La France est une équipe dont il faut se méfier... Toujours !

Est-ce un pays qui vous convient ?
AW : Très ! Il faudrait être difficile pour ne pas être bien ici. La dernière fois que nous sommes venus, ce fut formidable. Les gens étaient très respectueux et ils ne manquaient jamais une occasion de venir nous saluer et nous encourager. Il y a vraiment un engouement autour des Blacks et l'on peut le percevoir particulièrement chez vous. De plus, c'est agréable de pouvoir se promener dans une quasi-tranquillité. Chez nous, les gens n'arrêtent pas de nous interpeller pour nous demander des autographes. À force, c'est usant !

Pensez-vous avoir marqué des points lors de votre tournée européenne ?
GH : Il ne faut absolument pas se fier à ces résultats. Les équipes qui se présenteront en septembre montreront un tout autre visage. Les matches contre les Français ne doivent pas nous laisser penser que la compétition est déjà gagnée. Ce serait une erreur impardonnable. Nous avons encore beaucoup de choses à travailler. J'espère simplement que ces victoires ont marqué les esprits de nos adversaires ! Pour nous, elles ne doivent pas devenir des références.

Quels enseignements avez-vous tiré de ces confrontations ?
GH : Nous avons répondu brillamment à la bataille en mêlée. C'était quelque chose d'important pour nous car nous avions pas mal travaillé ce secteur.
AW : C'est vrai. Il y a aussi des aspects à améliorer. On cherche constamment à faire le match parfait, mais on n'y arrive jamais. Mais c'est ce qui vous fait avancer.

Lesquels ?
GH : On ne va certainement pas vous les dire... Nous ne sommes pas fou !

Justement, de nombreux observateurs ont loué les vertus de votre pack. Vous êtes vous inspirés d'autres nations pour progresser ?
AW : Ce n'était pas un point qui, culturellement, était un atout dans notre jeu. Nous avons visionné des cassettes des Argentins et bien évidemment des Français. Nous les avons analysées pour devenir plus performants. Aujourd'hui, nous sommes sur la bonne voie. Nous avons su évoluer et la mêlée est venue agrandir notre palette de jeu.

Pour certains, vous avez mis en place un nouveau style de rugby...
GH : J'ai entendu parlé de cette histoire de rugby contre-attaque. Je ne pense pas, nous sommes toujours dans les mêmes filières, peut-être que se sont les autres qui nous abordent différemment.

Existe-t-il un écart si grand entre les Blacks et les nations de l'hémisphère Nord ?
AW : Je ne le pense pas, il faut se méfier. Pour le moment, nous sommes au-dessus du lot mais la roue peut rapidement tourner. Le passé nous l'a déjà prouvé. Il faut continuer à travailler très sérieusement. Notre victoire finale ne peut passer que par-là.

Quels sont selon vous les favoris ?
GH : La France ! Chez eux, les Bleus auront à cœur de réussir. Ils seront pousser par tout un pays. Ca c'est un atout énorme. Après, il faudra se méfier de tout le monde. Dans le rugby moderne il n'y a plus deux ou trois équipes capables de gagner.
AW : L'Australie, l'Afrique du Sud... Il ne faut pas enterrer trop vite l'Angleterre ! Il faudra rester vigilants, très vigilants.

Le niveau mondial s'est-il resserré ?
GH : Indéniablement ! L'Argentine, l'Italie ont montré qu'il fallait maintenant compter avec elles. Commencer par les Italiens à Marseille n'est pas forcément un cadeau. Ils rentreront sur le terrain avec le sentiment de n'avoir rien n'à perdre. C'est sûr que nous avons plus à prouver qu'eux. On nous attend au tournant.

Que répondez-vous aux gens qui vous cataloguent comme les champions du monde des matches d'entraînement ?
GH : Je les laisse parler. Nous savons ce que nous voulons et nous ferons tout pour y arriver. Ce n'est jamais facile d'endosser le maillot de favori. Pour les Blacks, une défaite est toujours perçue comme une catastrophe.
AW : À nous de les faire mentir et de soulever cette coupe qui nous fuit depuis un moment maintenant !

N'avez-vous justement pas peur d'être prêts trop tôt ?
GH : On ne peut pas penser de cette manière. On cherche juste à progresser à chaque match, et à travailler les aspects qui méritent d'être améliorés. Notre objectif sera d'être encore meilleurs le jour J. Toutes les équipes auront planché d'ici là, et nous ne voulons pas être en reste.
AW : Nous nous préparons au mieux. Graham gère très bien le groupe en faisant beaucoup tourner son effectif. On essaie de mettre au point la meilleure équipe possible. Contrairement à d'habitude, la Coupe du monde est un objectif que nous avons en tête depuis la dernière édition.

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