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Par Julien Vitry
Jérôme Thion a le sport dans la peau. Son jardin, c’est un terrain de rugby. Et lorsqu’il part à la plage, c’est avec une planche de surf sous le bras. Mais sur les plages de Biarritz, le deuxième ligne de l’équipe de France a découvert plus qu’un nouveau terrain de jeu. Un pur moment de plaisir et d’évasion.
Week-end d'avril à Biarritz. Alors qu'à Lille on frise les 30°, sur la côte basque on attend toujours l'arrivée du printemps. Pas de soleil, pas de vague non plus. Jérôme Thion devait parrainer sur le week-end de Paques la 23e édition de la Maïder Arosteguy. La compétition a été reportée faute de conditions météorologiques satisfaisantes. Tout comme d'ailleurs la cession qu'il avait programmée entre deux séances d'entraînements du BO.
Féru de surf, le deuxième ligne de l'équipe de France essaie en effet de mettre à l'eau sa planche le plus souvent possible. Lorsque les éléments ne sont pas de la partie, la déception se lit aussitôt sur son visage. Normal, en compétiteur, il n'aime pas manqué ces rendez-vous.
Il y a cinq ans que Jérôme a découvert le surf. Avant son arrivée à Biarritz en 2003, il n'était jamais monté sur une planche. « Je n'en avais même jamais touchée, avoue-t-il, mais comme j'adore l'eau, cela m'a tout de suite branché. » Il s'y essaie une première fois en Australie sur la célèbre Bondy Beach de Sydney à l'occasion de la Coupe du monde. Puis sous les conseils de son pote Jean-Baptiste Gobelet, il se lance. Se fait quelques belles frayeurs sur les spots réputés de la plage de la côte des basques. Mais apprend vite. Pas question de faire les choses à moitié, surtout dans ce pays où les locaux ne font guère de cadeaux aux apprentis surfeurs. « La première fois que j'ai surfé, je me suis fait engueuler par un gamin de 13 ans. Ca marque », raconte-t-il avec le sourire.
Sur un terrain de rugby, l'anecdote se serait peut-être terminée par un bon bourre-pif sous une mêlée. Sur l'eau, le colosse de près de deux mètres n'y songe même pas. L'océan dicte ses règles et mieux vaut les respecter. « Lorsque je suis sur l'eau, cela me permet de m'évader, de me retrouver seul avec ma planche, quelques potes et le bruit des vagues. Je ne pense plus à rien, même au rugby. » Le succès du surf, arrivé sur la fin des années 50 en Europe, se résume assez bien dans ses mots, dans ce mélange de plaisir brut, de relation avec la nature et de sport très complet. « Comme beaucoup de garçons, il y a chez Jérôme une part de Yin et de Yang. Il a besoin d'avoir une activité comme le surf pour s'apaiser et, en même temps, son esprit de compétition le rattrape avec une forte envie de se dépasser et de chercher de nouvelles sensations », confie une de ses proches.
Mais ne lui parler pas de Patrick Swayze ou du flower power souvent associé aux riders californiens. « Le stéréotype Beach Boy, ce n'est pas trop mon truc. J'ai plein de potes qui vivent au jour le jour en alternant les petits boulots et les vacances au Maroc ou aux Etats-Unis, mais ce n'est pas ce que je recherche. » Jérôme n'a pas l'âme peace un love. L'exigence de sa vie de sportif de haut niveau, son caractère de battant, d'hyper actif, ne correspondent pas à cet état d'esprit. C'est tout juste s'il aspire à visiter la côte ouest des Etats-Unis avant la fin de sa carrière... « J'aimerai bien connaître Hawaï quand j'aurai un bon niveau », susurre-t-il à peine. De là à rider sur la vague de Banzaï Pipeline à Oahu ou celle de Jaws sur l'île de Maui, il a effectivement le temps.
Pour l'heure, Jérôme profite surtout de la chance qu'il a de jouer à Biarritz et d'habiter à quelques centaines de mètres de l'océan. Lorsque la houle se lève, il n'a qu'à passer un coup de fil à un ami restaurateur en bord de plage, enfiler sa combi et retrouver J-B Gobelet pour surfer dans les meilleures conditions. Une qualité de vie qui joue parfois dans la balance à l'heure des recrutements d'intersaison au BO. Pour Jérôme, cela sera certainement une raison d'y prolonger sa carrière jusqu'à son terme, son contrat actuel ne prenant déjà fin qu'en 2010. Il aura 32 ans. « J'aime le cadre, la tranquillité et le climat du Pays basque. C'est un pays accueillant et la proximité de la mer est un privilège rare... Cela ne veut pas dire que je n'apprécie pas aussi les grandes villes comme Paris, mais j'aurai sans doute du mal à y vivre. »
Comme de nombreux internationaux avant lui, de Serge Betsen à Dimitri Yachvili, le deuxième ligne du BO a désormais ses habitudes à Biarritz. Côté ville, ses adresses incontournables comme L'Atabal, la salle de concert de musique rock et indépendante, où il n'attend plus que le passage du groupe de South Gate California, Cypress Hill. Côté plage, ses spots de la plage de la côte des basques à la grande plage. Comme les locaux de naissance, Jérôme connaît tous les beach breaks de Biarritz, les emplacements réservés au longboard comme ceux où les meilleurs surfeurs de la planète se sont produits. Pas question en revanche d'aller plus loin, de Saint-Jean-de-Luz à Hossegor, on surfe en famille... Et comme dans toute famille de surfeur, Jérôme s'en remet au même shaper à chaque fois qu'il change de planche. Un shaper qui doit relever à chaque fois le défi de créer une planche au calibre hors norme. Quand en moyenne un longboard fait 7,5 cm d'épaisseur, celui de Jérôme dépasse les 10 cm, pour 2,90 m de long. « Tous les shapers aiment réaliser des planches qui sortent de l'ordinaire, raconte avec entrain Tierry André, le fournisseur du Biarrot. C'est aussi agréable de bosser pour des sportifs de haut niveau. Ils ont toujours envie de faire les choses à fond et comprennent très vite toutes les subtilités. » En début d'année, Jérôme lui a commandé deux planches avec le même motif, une tête de mort accompagnée d'un grenade sur un fond blanc. Audacieux pour un surfeur du Pays basque ! Surtout bien à l'image de Jérôme Thion : à ne pas prendre au premier degré.
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