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Un pilier...

Ils poussent les petits !

Par Valérie Georgereau

Quand les « petits » poussent, il se dégage quelque chose d’extraordinaire, je dirai même quelque chose de magique ! Quelque chose qui me rappelle un accouchement. Vous l’aurez compris, je vais vous parler des hommes un peu « rondelets », aux poignées d’amour, ceux qui ne plaisent pas forcément aux filles, ceux qui ne ressemblent pas vraiment à Fred Michalak ou Vincent Clerc.

Sylvain MarconnetLes piliers ou les pilards, comme on les appelle dans le métier, sont des hommes de l’ombre, des  joueurs dont l’un des principaux boulots reste de ne pas… toucher le ballon ! Quand on est poutre de mêlée, il ne faut pas avoir peur. Pas peur des coups, des chocs et surtout peur de mettre la tête dans le tas pour déblayer. Présents sans jamais être vus, ils sont là partout dans les mauls, les mêlées et bien sur sous les shorts boueux des troisièmes lignes en touche. Le « pilard » a un art du jeu aiguisé, il sait faire pivoter les mêlées et quand il se positionne pour la rugueuse entrée, l’adversaire doit  sentir un frisson courir sur son échine. Je pourrais vous parler des heures de mon poste préféré, mais je préfère laisser la place au pilard le plus capé de l'histoire du rugby français : Sylvain Marconnet.
 
« A droite il y a le poste de pilier tel que je l’entends »

« Le pilier est l’un des postes qui à le plus évolué depuis le professionnalisme, mais la base du métier reste la même. L’essence du poste est d’avancer et de faire souffrir l’adversaire. Jouer pilier droit ou pilier gauche nécessite une adaptation technique qui n’est pas forcément évidente. À gauche, on ne pousse que sur un adversaire. A droite, on pousse sur deux joueurs et on subit deux poussées différentes. Le pilier droit est plus pris dans la mêlée. Il cale. Il est là, le poste de pilier tel que je l’entends. À gauche c’est moins exigeant,  il y aura en revanche plus de course. Le pilier a la caractéristique d’être discret. L’exposition médiatique, le strass, les paillettes, ce n’est pas son truc et ça ne me pose aucun problème. On aime souffrir 80 minutes, se retrouver ensemble entre pilard pour partager un verre et cela suffit à notre bonheur.

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Une fois dans la mêlée, on ressent des poussées, de 700kg derrière et 800 kg devant. On reçoit toutes les pressions dans le dos, entre les épaules et les fesses. Pendant la mêlée on entend le son des gars qui se rentrent dedans, on s’y habitue. On ne sait pas toujours où se trouve le ballon, on ne sait surtout pas vers où on doit avancer. Les secondes avant l’impact ont beaucoup d’importance. Les regards se croisent, on cherche celui de l’adversaire. On sent quand on intimide. »

 Quand vous assisterez à un match de rugby vous regarderez ces Kamikazes, je pense, d’un autre œil.Ces hommes au dos comme une cathédrale, au visage poupin ou trop marqué par l’effort. Ceux qui demandent à table le pain, le fromage où le vin, et que l’on entend très peu. Enfin, ces rugbymen d’aujourd’hui et d’hier qui font et on fait de moi la passionnée de rugby que je suis.

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